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Quand les moutons remplacent les tondeuses : l’écopâturage s’enracine dans les entreprises

Entreprises et collectivités locales sont de plus en plus nombreuses à recourir aux services de chèvres, de vaches ou de moutons pour entretenir leurs espaces verts. L’écopâturage tient ses promesses écologiques et économiques.

Moutons broutant paisiblement autour des collèges, chèvres gambadant sur les talus escarpés d’entrepôts logistiques, vachettes aux cornes courbes défrichant les parcs publics… Depuis une vingtaine d’années, ces scènes bucoliques en milieu urbain ne sont plus rares.
La SNCF, La Poste, plusieurs sociétés d’autoroutes, des exploitants de carrières ou de gravières, des gestionnaires d’Ehpad ou des directeurs d’hôpitaux recourent désormais aux services d’auxiliaires à cornes et à sabots pour entretenir leurs espaces verts. Les ministères de la Justice ou de la Défense contractualisent également avec des bergers dûment répertoriés pour dégager la vue des glacis des prisons ou des abords des bases militaires.
« Les collectivités et les groupes privés sont de plus en plus nombreux à privilégier la gestion écologique de leurs sites en faisant appel à des herbivores domestiques. Mais un mouton n’est pas une tondeuse, et le système ne fonctionne que si le milieu et les sols sont pris en compte », rappelle Sylvain Fabiani, président de la Fédération française d’écopâturage et d’écopastoralisme.
Bergers urbains
Ecologique et sociétal, l’écopâturage coche toutes les cases de la RSE (responsabilité sociétale des entreprises) et voit se multiplier toutes sortes d’intervenants. Créée en 2020, la fédération professionnelle regroupe 80 adhérents venus d’horizons différents. Parmi ses membres figurent des cabinets de conseil en génie environnemental effectuant également l’installation de ruchers ou de poulaillers, des paysagistes épris de gestion alternative des grands espaces ou des éleveurs recherchant une diversification de leur activité. En dehors de ces réseaux, il arrive que des sociétés de nettoyage proposent les services de chèvres ou que des villes, comme Evreux, dans l’Eure, ou Moissy-Cramayel, en Seine-et-Marne, recrutent des bergers urbains.
La plupart des entreprises d’écopâturage rayonnent dans un périmètre limité, majoritairement dans l’ouest et dans l’est de la France. Les deux acteurs les plus importants de la profession, Ecomouton et Greensheep, interviennent, quant à eux, sur tout le territoire en mobilisant des bergers locaux.
Il y a beaucoup d’arguments environnementaux ou économiques en faveur de l’écopâturage, mais la meilleure raison, c’est le plaisir de voir des animaux.

Sylvain Girard, fondateur d’Ecomouton

« Il y a beaucoup d’arguments environnementaux ou économiques en faveur de l’écopâturage, mais la meilleure raison, c’est le plaisir de voir des animaux », affirme Sylvain Girard, fondateur d’Ecomouton. Dirigeant d’une entreprise de logistique en Ile-de-France, ce professionnel de la gestion a accueilli voici quinze ans quelques moutons sur son propre site avant de déployer progressivement dans la France entière une prestation de pâturage clé en main, de la pose de clôtures jusqu’à la responsabilité juridique. L’entreprise emploie aujourd’hui 50 salariés, bergers compris, pour 2,6 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025 et gère 600 sites, en majorité des clients privés.
La mission première des herbivores consiste à entretenir les espaces verts, mais les aspirations des clients sont multiples. En ville, les animaux sont souvent porteurs de missions pédagogiques. Des écoles primaires aux campus universitaires, les professionnels de l’enseignement témoignent des vertus apaisantes des caprins et des ovins.

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Pascale Braun

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